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Je me réveille, ton grand corps nu dans mon lit, autour de toi le vacarme de ma chambre, témoin de nos ébats fougueux de cette nuit : les draps froissés en boule autour de nous, les oreillers par terre, les taies jetées dans quelques coins de la pièces. Je te prends dans mes bras. Te regarde, t'écoute respirer. Je voudrais entrer dans les pores de ta peau pour être toujours là, près de toi, juste un peu, pas de trop, je connais ton aversion pour la tendresse et ses dérivés. Moi qui étais si friande de câlins, tu as cloué le bec à mes élans obstinés, à mes caresses vaines, et je suis gonflée à bloc d'un amour censuré, rabroué, aphasique. Mais puisque tu dors, je me colle contre toi, contre ton dos, m'enivre de ton odeur aux arômes salés, épicés, j'ose un baiser sur tes lèvres serrées dont tu m'interdis l'accès, mon nez dans tes cheveux bouclé, j'écoute ton sommeil et le tic-tac de ta montre, bientôt tu seras debout dans l'entrée, impatient de partir, pressé de me quitter. L'amour balisé, conventionnel, te lasse et t'ennuie. Il te fait fuir. Se réveiller à deux, partager les mêmes cintres, un café, tu appelles ça mourir à petit feu. J'aurais tant besoin, pourtant, de ces choses simples, de ces moments tendres, pour te suivre sans remords et sans crainte sur tes chemins obscurs. Je voudrais, tu sais, ces choses idiotes qui font la vie de tous les jours, ces choses futiles qui ont une importance capitale, savoir à quelle heure tu rentres, te préparer à dîner, te serrer fort contre mon corps jusqu'à étouffer, regarder les informations, se promener sous la pluie et en rire, commander une pizza, acheter du vin, s'asseoir dans un parc, aller au cinéma, à Rome, à Barcelone, au restaurant d'à côté, aller chez Ikea, acheter un meublé, et puis tout massacrer, toutes ces choses que nous ne faisons pas. Au début c'est ma jouissances, seulement, que tu m'obligeais à contenir, que tu condamnais au silence, Aujourd'hui, c'est mon amour qui se retrouve claquemuré dans ma chair contrite ... et c'est en silence que je dois continuer à t'aimer. Hier tu m'as fait mal, horriblement mal, et pourtant à peine était-ce terminé que j'en voulais encore, comme si dans le silence de tes coups tonnait celui de ton amour. J'aurais voulu que tu continues, que tu m'arraches des cris, des larmes, du sang, me rouler par terre et te supplier, amoureux fous scellés par ton pouvoir et ma soumission. Je montre mon dos et mes fesses lacérées à une amie, je les arbore fièrement, chaque plaie comme un trophée, la capture d'un aveu, un sursaut d'orgeuil dans ma chair. Elle les regarde avec indignation, avec horreur, même, puis porte sa main à sa bouche comme par dégoût. Je prend subitement conscience, alors, que sur mon corps n'est peut être pas inscrit : je t'aime, je t'aime, je t'aime ! Et qu'au delà de la signature de mon homme, je porte simplement les stigmates de notre aliénation. Pourtant j'aimerais me réfugier dans ses bras, lui déverser mon chagrin, mes blessures, mon trop-plein d'amour, de sensualité, d'érotisme qui ne suscite en lui que courroux et mépris. J'aimerais qu'il me console, me soulage, me tienne la main, poser ma tête contre son torse, échanger une heure ou deux son coeur froid et sec contre une poitrine maternelle. Je lui offrirais enfin tout ce que j'ai incarcéré dans mes tripes, je libérerais enfin cette boule de chaleur qui m'oppresse, déclarations solitaires et sans a retour, il les prendrait, les aimerait, m'aimerait. Mais mon amour, tu n'en veux pas, tu voudrais même que je m'en débarrasse, il t'agace, t'incommode, t'importune, mais j'ai beau lui sommer de s'en aller, rien n'y fait. Il reste planté là, sourd et acharné, cancer qui ronge et qui détruit. Je voudrais l'exciser pour mieux te plaire, mais faut-il à ce point que je renonce à tout pour rester près de toi ?
Extrait de © Frappe-moi ©
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Extrait du roman © Frappe-moi ! ©